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 Harry Potter et l'enfant maudit

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Lou Perkins
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Élève de Serdaigle

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Harry Potter et l'enfant maudit



Une suite digne de la saga ?





Ou pas.

Repost d'un article que j'avais déjà publié ailleurs, il y a un petit moment. J'ai pensé que ça pourrait vous intéresser !




Harry Potter c'est ma génération. J'avais le même âge que les personnages à la lecture du premier bouquin en 2001 (même s'il est sorti 3 ans plus tôt en France), et j'ai dévoré les éditions suivantes les unes après les autres avec la même ardeur. J'ai grandi avec ces livres et, grâce à eux, ai certainement pu conserver mon âme d'enfant le plus naturellement du monde puisque mon engouement pour cet univers reste intact à 26 ans.

Comme la plupart des initiés, j'ai enfin terminé la suite officielle (selon les dires de Jaykay herself) des aventures de nos très chers sorciers. Ils ont pris 20 piges dans la poire, ce qui a tendance à tordre notre petit coeur meurtri en nous confrontant à notre propre jeunesse enfuie, mais ça fait plaisir d'avoir quelque chose à nous mettre sous la dent après tout ce temps. Seulement nous sommes devenus bien exigeants ! Afin de combler ce manque de magie dans notre quotidien grisâtre, nous avons dû ruser. Nous nous sommes nourris de fanfictions plus ou moins bonnes, avons établi nos propres pronostics hypothétiques pour la suite, et voilà ti pas qu'on nous pond quelque chose « d'officiel »... Autant vous dire que ça a intérêt à avoir de la gueule ! Après une petite heure de lecture, je viens de refermer le livre... Et j'ai des choses à dire.


Vous trouverez...

→ Un petit résumé

→ Les bases du récit

→ Le format pièce de théâtre

→ La mièvrerie des personnages

→ Les incohérences temporelles

→ Ce que j'ai aimé



ATTENTION SPOILERS

- Vous ne l'avez pas encore lu (ou pas fini) mais envisagez de le faire : sachez que je révèle (presque) TOUT donc passez votre chemin.

- Vous êtes de ceux qui ne le liront pas mais toutefois curieux d'apprendre ce qu'il advient de cette joyeuse troupe : vous serez servis !

- Vous l'avez lu et souhaitez comparer votre vision du bazar avec la mienne : vous êtes tombés au bon endroit.




Résumé à ma sauce

L'histoire commence à l'épilogue du dernier bouquin, soit 19 ans plus tard sur la voie 9 3/4 lorsque nos héros s'apprêtent à laisser avec beaucoup d'émotions leurs progénitures embarquer dans le Poudlard Express. On y retrouve Rose, la fille de Ron et Hermione, Scorpius, le fils de Drago, et Albus, l'un des trois gamins de Ginny et Harry. Les vrais héros que nous allons justement suivre sont ces deux derniers qu'à priori tout oppose : Albus et Scorpius. Sauf qu'ils vont se lier d'amitié en se fichant des convenances, et Rose toujours accompagnée de ses préjugés sur le nom « Malefoy » restera à l'écart. Leur point commun ? Tous deux sont accablés par le poids du passé de leurs pères (passé glorieux pour l'un, plus sombre pour l'autre) et cherchent à s'émanciper en revendiquant leur propre valeur. Il me semble que tout ça se déroule sur quatre ans, les premières années introduisant l'amitié et le mal-être des deux garçons, et la cinquième – plus conséquente – sur leurs aventures. Ces péripéties consisteront à remonter le temps pour sauver Cédric Diggory des griffes de Voldemort avec l'aide de Delphini, la supposée cousine du défunt. Evidemment, ça ne va pas se passer comme sur des roulettes... Mais les loulous y voient là une occasion en or de faire enfin leurs preuves.  


Les bases du récit

- Albus et Scorpius sont amis et tous deux à Serpentard.

- Scorpius est une crème en plus d'être une tête (Hermione 2.0 version bisounours).

- Albus est super ronchon.

- Problèmes père/fils entre Harry/Albus et Drago/Scorpius.

- Harry, 37 ans, est à la tête du département des Aurors du ministère de la magie.

- Ginny est rédactrice en chef des sports de la gazette des sorciers.

- Hermione est ministre de la magie.

- Ron a repris la boutique de Farces et Attrapes de ses frères.

- Drago est... Ben je sais pas ce qu'il est.

- Astoria, la femme de Drago, est décédée.

- McGonagall est directrice de Poudlard.

- Une rumeur circule comme quoi Scorpius serait le fils caché de Voldemort.

- Delphini (#NomPourri) est la supposée nièce d'Amos Diggory, le père du défunt Cédric Diggory.

- Delphini n'est pas celle qu'elle prétend être (on y reviendra).

- A la demande d'Amos Diggory, Albus et Scorpius veulent retourner à l'époque du tournoi des trois sorciers pour sauver Cédric, avec l'aide de Delphini et d'un retourneur de temps gardé précieusement au ministère de la magie.

- Le retourneur de temps ne permet de s'aventurer dans le passé que 5 minutes.

- Ils vont faire 4 voyages, respectivement aux trois épreuves du tournoi et un dernier à Godric's Hollow le jour de l'assassinat des parents de Harry. Ces voyages vont engendrer des modifications temporelles terribles qu'Albus et Scorpius devront rectifier dans des réalités alternatives.


Le format → pièce de théâtre

Si vous êtes un peu au parfum vous n'êtes pas sans savoir qu'il s'agit à la base d'une pièce de théâtre de 4H30 écrite par Jack Thorne (fan de la saga) et mise en scène par John Tiffany (et seulement « validée » par Jaykay) qui se déroule à Londres depuis juillet 2016. Du coup, à défaut de faire un roman ils ont retranscrit le script sur papier en rajoutant les lieux et des didascalies pour en faire une pièce de théâtre lisible. Tout simplement.

Déjà à l'époque du collège ou du lycée, je ne comprenais pas très bien l'intérêt de nous faire lire une pièce de théâtre... Une pièce est avant tout faite pour être vue ! A la lecture certaines tonalités humoristiques peuvent nous échapper, et c'est ce qui se produit ici. Là où le roman laisse place à notre imagination (encouragée par des indications psycho de l'auteur), la pièce nous impose des visages et un jeu qui, malgré les maigres didascalies, ne sont pas à notre portée. Et je l'ai amèrement ressenti.

- Prenons un passage au hasard, par exemple lorsque Drago débarque dans le bureau de McGonagall par sa cheminée. Il fout le dawa, met de la suie partout et lance : « Désolé pour votre parquet, Minerva. » A la lecture j'ai été tout bonnement surprise par sa politesse improbable avant de réaliser que sur scène cet épisode devait certainement être tourné en dérision, donc drôle... Dans ce contexte, cette réplique « trop polie pour lui » prend un tout autre sens. On imagine même les rires des spectateurs à la suite. A la lecture c'est plus compliqué. On est premier degré et forcément, connaissant le personnage, un peu interloqué.

- Idem dans une autre séquence où Albus, Scorpius et Delphini boivent du polynectar et prennent respectivement l'apparence de Ron, Harry et Hermione. Sans trop m'avancer dans l'histoire, ils doivent choper un retourneur de temps dans le bureau de la vraie Hermione au ministère de la Magie. Bien entendu la vraie Hermione débarque pendant que Scorpius/Harry et Delphini/Hermione sont dans son bureau. Du coup, Albus/Ron doit l'empêcher d'y accéder, et il va pouvoir jouer du fait qu'il porte les traits de son mari :

Hermione : Pourquoi m'empêches-tu de passer ?

Albus/Ron : Je ne... Je n'empêche... rien du tout.

Elle tente à nouveau d'ouvrir la porte et à nouveau Ron se met en travers de son chemin.

Hermione : Tu vois bien que si ! Laisse-moi entrer dans mon bureau, Ron.

Albus/Ron : Et si on avait un autre bébé ?

Hermione essaie de le contourner pour atteindre la porte.

Hermione : Quoi ?

Albus/Ron : Ou alors peut-être pas un autre bébé, mais en tout cas, des vacances. Je veux soit un bébé, soit des vacances et, crois-moi, j'insiste. On pourrait peut-être en parler plus tard, mon trésor ?

XXX

Ce format implique une lecture rapide et ancrée dans l'action si bien que tout ce que j'interprète ici chez Albus est de la maladresse désespérée. Mais imaginez deux secondes sur scène : ça doit probablement faire hurler de rire ! Une scène supposée comique apparaît plus dramatique lorsqu'elle est désincarnée. Autrement dit, dans ce registre ce qui semble simpliste sur papier doit assurément faire son effet en live. Rien que ça, c'est dommage. C'est là où les descriptions à la sauce Rowlingesque nous manquent cruellement (ou bien les comédiens, c'est l'un ou l'autre).

→ Le Daily Telegraph confirme cette idée en préférant la pièce dont le succès « repose sur la combinaison entre une intrigue, une performance, une mise en scène et du pur spectacle », comparé au script qui « donne la sensation d'être le squelette de l'expérience totale promise ». L'Irish Times conclut même que « la dernière partie de Harry Potter doit être lue pour ce qu'elle est : une pièce et non une nouvelle ».

A côté de ça on s'y fait (à conditions de connaître l'univers d'HP), on rentre dedans sans soucis et ça ne nous empêche pas de prendre du plaisir à retrouver nos héros mais c'est un fait : un simple script ne peut décemment pas constituer la suite d'une saga littéraire. Au mieux c'est un bonus... ou une fanfiction. Est-ce au moins une bonne fanfiction ? Il y a du bon et du mauvais, des choses intéressantes parsemées d'incohérences.


Mièvrerie des personnages

C'est le reproche que j'ai le plus souvent lu sur la toile. De mon côté je le qualifierais autrement : les personnages ne sont tout simplement pas fidèles à eux-mêmes, du moins pas à ce qu'on nous a servi dans les précédents tomes. Est-ce au profit du fan-service ? Probablement. Sauf que c'est très maladroit ! Si un personnage habituellement froid se révèle sympathique, ça peut de prime abord attendrir mais, au bout du compte, le fait de ne plus le reconnaître irrite sévèrement ! On finit très vite par se rendre compte de l'arnaque avant de la subir. C'est bien de nous brosser dans le sens du poil, mais pas au détriment de la crédibilité !

Prenons Ron pour commencer, le grand absent ! Ben oui, il apparaît peu et quand on le voit avec son attitude de loser c'est limite si on n'a pas de la peine. En gros ses rares interventions sont là pour amuser la galerie avec deux/trois répliques rigolotes ou se faire dominer par Hermione. Je pense qu'il méritait mieux que ça. A la fin, lorsque Hermione est montrée du doigt pour ne pas avoir détruit le retourneur de temps alors qu'il venait de faire plein de dégâts, toute la bande la soutient sur le devant de la scène et Ron est le dernier à la rejoindre. Je cite: « Je veux simplement dire... je ne savais pas grand chose de tout ça, donc je ne peux pas me sentir responsable – et d'ailleurs, je suis sûr que mes enfants n'ont rien à voir là-dedans -, mais si tous ces gens sont là, alors je suis avec eux. » Le mec est useless et ne sait pas lui-même ce qu'il fout là. Même Drago est intervenu avant pour la soutenir : « Hermione et Harry n'ont rien fait de mal, ils ont au contraire essayé de nous protéger tous. S'ils sont coupables je le suis également. » Mais whaaat the fuuuck ? Drago courageux et loyal ?!! Parlons-en de Drago justement.

Je suis la première à le défendre, je pense que c'est l'un des personnages les plus complexes et intéressants de la saga mais là... c'est trop facile. Servi sur un plateau sans trop d'explications... Tout ça parce qu'il s'est écoulé 19 ans et qu'on n'est pas censé tout savoir si ce n'est que sa femme est morte et que c'était quelqu'un de bien. Sérieusement, je veux bien qu'Astoria l'ait rendu meilleur, mais de là à changer radicalement son caractère... Il y a des limites, c'est trop gros. Par exemple ce passage à la fin où Hermione est très directive avant un combat, il déclare : « Hermione Granger, je reçois des ordres d'Hermione Granger, maintenant. (Elle se tourne vers lui, il sourit.) Et j'ai plutôt tendance à aimer ça, modérément. » Là encore j'y vois du fan-service, un clin d'oeil aux partisans du fameux Dramione mais rien de vraiment crédible. J'ai toujours admis qu'au fond il avait un coeur et enviait secrètement l'amitié des « trois mousquetaires », mais de là à laisser sa fierté de côté et copiner avec eux... Mouais.

Tout au long de la pièce Drago reste relativement distant et d'un coup, quand Harry se comporte comme un trou de balle en interdisant à Albus de fréquenter Scorpius sous prétexte de le protéger, c'est lui qui le raisonne sur la notion d'amitié avec une sagesse qu'on ne lui soupçonnait pas :  

Drago : Je t'ai toujours envié leur amitié, à ces deux là – Weasley et Granger. Moi j'avais...

Harry : Crabbe et Goyle.

Drago : Deux abrutis incapables de savoir dans quel sens on prend un balai. Mais vous... vous trois... vous étiez resplendissants, tu sais... On sentait que vous vous aimiez vraiment. Vous vous amusiez. Ce que je t'ai envié plus que tout, ce sont ces amitiés-là.

Ginny : Moi aussi, je les ai enviés.

Harry regarde Ginny d'un air surpris.

Harry : Je dois protéger Albus.

Drago : Mon père aussi pensait qu'il me protégeait. La plupart du temps. Mais il arrive un moment où il faut choisir ce que l'on veut être. Et je peux te dire que quand ce moment-là est arrivé, on a besoin d'un parent ou d'un ami. Alors, si on en est venu à haïr ses parents et qu'on n'a pas d'amis... on se retrouve tout seul. C'est tellement dur d'être tout seul. Moi, j'étais seul. Et c'est ça qui m'a projeté dans un monde vraiment sombre. Pendant longtemps. Tom Jedusor était également un enfant solitaire. Tu ne peux pas comprendre ça, Harry, mais moi, je le peux... Et je pense que Ginny aussi peut le comprendre.

[ Vers la fin du bouquin il finit même par confesser ses désirs de jeunesse comme il ne l'a jamais fait ]

Harry : Qu'est-ce que tu voulais faire ?

Drago : Du Quidditch. Mais je n'étais pas assez bon. Et puis surtout je voulais être heureux.

XXX

Sa solitude, cette affaire de Quidditch... Tout ça m'avait déjà traversé l'esprit par simple déduction et là bim ça sort généreusement de sa bouche. C'est comme si Jack Thorne avait voulu nous donner ce qu'on attendait, là tout prêt, sans étoffer la psychologie du personnage plus que ça. On nous donne un résultat sans son cheminement. C'est hyper frustrant en fait. On est tellement satisfait qu'on déchante illico, tellement repu qu'on reste sur notre faim (ou qu'on a envie de vomir, au choix)... C'est dommage.

D'autant plus que Thorne ne va pas au bout de son truc. Quitte à être cucul la praline autant y aller à fond et le faire devenir copain (mais vraiment copain) avec toute la smala! Même pas. Mi-molle jusqu'au bout, donc.


Attaquons-nous à Rogue, et là aussi c'est du lourd. Il détient même la palme je crois. Dans le genre personnage complexe et badass y'a pas mieux. Après avoir foutu le dawa dans le passé, Scorpius se retrouve dans une autre réalité où Cédric a tué Néville après être devenu Mangemort (-_-), ce qui a causé la défaite – donc la mort – d'Harry lors du combat final contre Voldemort puisque Néville n'a jamais pu tuer le serpent Nagini qui était un Horcruxe, Horcruxe qui, une fois tué par Néville dans la réalité que nous connaissons, affaiblissait Voldemort lors de cette même bataille permettant ainsi à Harry de la remporter et de vivre. Vous me suivez ? Bref, cette nouvelle dimension est dark, Voldemort règne sur le monde des sorciers, Ombrage est directrice de Poudlard, les détraqueurs sont partout : c'est la méga lose. En revanche, seul point positif de l'affaire, Rogue est toujours vivant ! Il est même prof de Potions (comme d'hab). Du coup Scorpius a la bonne idée de se tourner vers lui puisqu'il sait qu'à l'époque c'était un agent double et qu'à priori, si tout va bien, il a dû le rester. Je vous épargne les incohérences de cet épisode (pour l'instant) et en viens directement au fait.

Je ne reconnais pas Rogue. Même si au fond c'était un gentil (et encore, pas vraiment puisque son sens morale venait uniquement de son amour pour Lily), il a toujours été caractérisé par son cynisme, sa discrétion et sa pudeur. Ce sont tous ces traits qui en faisaient un personnage intéressant. Là, il est tellement sentimental par moment que j'avais du mal à me le représenter mentalement. Exemple lorsqu'ils sont poursuivis par des détraqueurs, il conseille gentiment : « Ecoute-moi, Scorpius, pense à Albus. Tu es prêt à donner ton royaume pour Albus, n'est-ce pas ? [...] Une personne. Il suffit d'une personne. Je n'ai pas pu sauver Harry pour Lily. Alors maintenant je me mets au service de la cause en laquelle elle croyait. Et il est bien possible que j'ai commencé à y croire moi-même. » puis, avant de crever une nouvelle fois : « Dis à Albus... dis à Albus Severus que je suis fier qu'il porte mon prénom. Maintenant, vas-y. Allez ! ». Sans déconner, vous imaginez tous ces mots larmoyants sortir de la bouche de Rogue ?! Et jackpot ! En prime il nous glisse même que sa bonté n'est plus seulement due à Lily et qu'il y croit lui-même ! Fan-service allô j'écoute ? Oh et je vous ai pas dit le meilleur, entre temps Scorpius a trouvé le moyen de lui dire « Merci d'être ma lumière dans l'obscurité. » (référence à ce que Drago disait d'Astoria) POUAH.

Il y a malgré tout quelques passages plutôt drôles où on le retrouve à chambrer froidement Ron et Hermione. Et ça j'admets que ça fait toujours plaisir ! Mais globalement, on sent que Thorne a ressuscité Rogue pour nous contenter en lui faisant dire ce qu'on devinait déjà par ses seuls silences, histoire de concrétiser vulgairement le tout. Pour les fans du personnage je crois que c'est grotesque.

Et la cerise sur le gâteau : Dumbledore ! Non, il n'est pas vivant – faut pas exagérer ! – mais on le retrouve en tant que portrait (un souvenir de lui-même) sur les tableaux de Poudlard. Thorne parvient quand-même à insérer du mélodrame à ce qu'il reste de ce personnage digne et intouchable en le faisant chialer. Oui. Parfaitement. Il fait pleurer Dumbledore, et pas qu'un peu. Harry lui demande conseil pour améliorer sa relation avec son fils (comme si Alby en avait quelque chose à f... y connaissait quelque chose) et finit par l'accabler de reproches, comme quoi il n'aurait pas été un bon père à ses yeux (ben oui Alby n'est pas ton père, le scoop). Ce à quoi il répond ce qui suit :

Dumbledore essaye de sortir du portrait, mais c'est impossible. Il se met à pleurer, en s'efforçant de le cacher.

Dumbledore : Mais il fallait bien que je finisse par te rencontrer... quand tu avais onze ans. Et tu étais si courageux. Tu étais si bon. Tu as parcouru sans te plaindre le chemin qui s'ouvrait sous tes pas. Je t'aimais, bien sûr... et je savais que tout recommencerait... que lorsque j'éprouvais de  l'amour, je provoquais des dégâts irréparables... Je ne suis pas doué pour aimer... Je n'ai jamais aimé sans faire de mal...

Un temps.

Harry : Vous m'auriez fait moins mal si vous m'aviez dit ça à l'époque.

Dumbledore (il pleure sans retenue, à présent) J'étais aveugle. C'est l'effet de l'amour. Je ne comprenais pas que tu avais besoin de savoir que ce vieil homme impénétrable, retors, dangereux... t'aimait...

Un silence. Les deux hommes sont submergés par l'émotion.

XXX

Alors là c'est le ponpon sur la garonne. Je suis soufflée par ce passage. Je crois que je ne rajouterai rien... Ou presque. A mes yeux, cette pièce est aussi agréable à parcourir que le portrait de Dumbledore : ce n'est que le reflet – pas forcément fidèle – d'un vieux souvenir où ce qui a été n'est définitivement plus. Une copie douce amère qui tente de rendre hommage à l'original.

BREF. Y'a plus de respect je vous dis. J'ai vraiment la sensation que Thorne s'est dit : « Bon les gars, on a 4H30 pour relater quatre années afin de donner aux fans absolument tout ce qu'ils ont toujours souhaité voir chez ces personnages sans pouvoir l'obtenir ». C'est rapide, et au diable la crédibilité. Là encore j'imagine qu'on digèrerait mieux tout ça dans l'ambiance d'un théâtre, peut-être qu'on n'y verrait que de simples clins d'oeil inoffensifs... Sauf que nous on lit un bouquin et qu'on nous dit que ce bouquin est la suite officielle. Du coup ça craint.


Les incohérences intemporelles

Ah ! Mon moment préféré. Vous vous en doutez, plusieurs choses ne tiennent pas la route en dehors du caractère des personnages que nous venons d'évoquer.

Les voyages dans le temps impliquent forcément un gros bordel très délicat à traiter narrativement parlant. C'était déjà contestable dans HP et le prisonnier d'Azkaban  quand nos héros revenaient en arrière pour sauver Buck et Sirius Black.  Finalement ça formait une sorte de boucle temporelle inexplicable  puisqu'avant même de remonter le temps une première fois, ils l'avaient  déjà fait (cf le petit caillou en forme d'escargot que lance Hermione à  Harry dans la cabane d'Hagrid) mais malgré tout Sirius et Buck ne s'en  sortaient pas, et c'est pour ça qu'ils ont dû remonter le temps = incohérence. Mais passons. Au moins ils avaient le mérite de ne pas trop foutre le dawa, ce qui n'est pas le cas ici. Voyons ce qu'on a en stock.

- Albus et Scorpius qui préparent du polynectar en 2 minutes avant de briser des sortilèges de protection avec une facilité déconcertante. C'est la seule incohérence qui n'est pas temporelle. C'est juste... Incohérent. Hermione garde donc le retourneur de temps dans son bureau au ministère de la Magie. Pour y accéder, Albus et Scorpius ont la bonne idée de prendre l'apparence de Ron et Harry en concoctant du polynectar, ce qu'ils font en deux temps trois mouvements ! Pourtant on sait pertinemment – grâce à La Chambre des Secrets – que sa préparation requiert un mois entier d'acharnement. S'ensuit un deuxième couac. Une fois dans le fameux bureau, les deux copains comprennent que le retourneur de temps est protégé par des sortilèges. Seulement, coup de bol, ceux-ci sont plutôt faciles à briser pour un sorcier: il s'agit de résoudre une sorte de chasse aux trésors/livres portée par quelques charades. Voilà voilà. Depuis quand Hermione est aussi peu précautionneuse ?

- Cédric qui devient un Mangemort. Pour la faire courte (ou presque) : Scorpius et Albus sont revenus à l'époque du tournoi des trois sorciers dans le but de sauver Cédric. La première fois, ils se sont contentés de lui faire échouer la première épreuve, ce qui ne l'a pas empêché de passer la deuxième... C'est un flop, d'autant plus qu'ils ont bousillé le couple Ron/Hermione en chemin. Du coup ils remontent de nouveau le temps, cette fois à la deuxième épreuve du lac, mais ils ne vont pas faire la même erreur : ils vont carrément l'humilier pour le dissuader de concourir à la troisième épreuve fatale. Ils lui jettent donc le sort qu'Harry avait accidentellement lancé à la tante Marge : Cédric grossit comme un ballon et s'envole vers le ciel. Du coup, super humilié, il ne participe pas à l'épreuve du labyrinthe, survit, et, rongé par la frustration, il devient Mangemort. Voilà voilà. Je sais pas, c'est comme si je vous disais « J'ai raté mon concours de poterie, j'ai fait un pot en forme de zizi sans faire exprès et je me suis tapé la honte de ma vie... Alors j'ai décidé de rejoindre les rangs d'Hitler ». Y'a pas comme un truc qui cloche ?

- Rogue n'a aucune raison d'être vivant dans cette dimension parallèle (ni prof de Potions à Poudlard). Finalement tout ce que fait Cédric en tant que Mangemort, c'est tuer Néville. Il renverse ainsi l'issue de la bataille finale du dernier tome. Or, Rogue est mort un tome plus tôt. Rappelons que Voldemort l'a tué en pensant qu'il deviendrait maître de la baguette de Sureau. Sauf qu'en réalité son maître était Drago, et Harry, l'ayant désarmé, est devenu chef de la baguette à son tour. Au moment de tuer Rogue, Voldemort ignorait tout ça et, très honnêtement, je ne vois pas comment la présence de Cédric aurait pu changer le cours des évènements... Du moins on ne nous l'explique pas. Mais passons. Rogue est vivant et montre à Scorpius ce qu'il reste de l'armée de Dumbledore : Ron et Hermione. A côté de ça il est toujours professeur de Potions à Poudlard. Sérieusement ? Lui qui est, à priori grâce à ses talents d'agent-double, dans les petits papiers de Voldemort ? Lui qui était carrément directeur dans Les Reliques de la Mort ? Relégué au simple rang de professeur (de Potions en plus) ? Mouais.

- Encore dans cette dimension parallèle, Ron et Hermione devraient être morts. Comme je vous le disais, Cédric – en tant que Mangemort – a tué Néville durant la bataille ultime à Poudlard. Or, durant cette bataille c'est Néville qui abat Nagini, le serpent/Horcruxe de Voldemort. OR, Nagini s'apprêtait à engloutir Ron et Hermione tout crus avant que Néville le tue. Si Cédric a empêché Néville d'abattre ce dernier Horcruxe en vue d'affaiblir Voldemort, alors Nagini a bien eu le temps de finir ce qu'il avait commencé avant de crever, à savoir bouffer Ron et Hermione. Voilà voilà.

- Toujours dans cette dimension parallèle, Drago n'a aucune raison d'être directeur du département de la justice magique. Je vous rappelle que Narcissa a trahi Voldemort en affirmant que Harry était bien mort après le duel dans la forêt interdite des Reliques. Durant la bataille, Harry se relève sans encombre et les Malefoy prennent la poudre d'escampette. Dans cette réalité c'est Voldemort le vainqueur, donc il est parfaitement au courant que Narcissa lui a raconté des cracks et il ne va certainement pas nommer son fils à un poste aussi prestigieux... Gnéhé.

- Delphini est la fille de Bellatrix et Voldemort. Alors ça c'est un peu le top du top des incohérences. Tu parles d'un twist ! Question crédibilité on repassera... Parce qu'on sait que Bellatrix a enfanté Delphini au manoir des Malefoy, soit peu de temps avant son décès durant la bataille de Poudlard, je ne vois pas comment cette petiote a trouvé le temps de naître OKLM. Sans parler du fait qu'on aurait dû remarquer un gros bidon aussi bien dans les livres que dans les films... Mais SURTOUT : Pour moi, Voldemort à commencé sa quête sordide tout seul, et il doit la finir seul. Si en plus on part du principe qu'il n'a aucune notion d'amour, comment peut-il engrosser Bellatrix ? Bon, elle c'est une tarée complètement in love, soit, mais lui ? Pour assurer sa descendance ? Il n'a que faire d'une descendance puisqu'il veut être immortel et posséder à lui seul le pouvoir suprême. Donc bon. C'est au lecteur de se faire son film... A la limite, de cette façon, il a peut être voulu créer un énième Horcruxe ? Je ne vois pas quelle autre hypothèse aborder... Et puis, vous imaginez Voldemort en plein coït vous ? Beurk.

- Delphini n'a pas bien saisi le principe des voyages dans le temps. « Hey ! Je suis la nièce de Cédric ! » Mais bien sûr ! Petite saleté pas futée va. Elle faisait la gentille au début du bouquin pour manipuler Scorpius et Albus afin qu'ils changent le cours du temps, tout ça pour réaliser à leur insu une prophétie qui assurait le grand retour de papa Voldemort (quête qui commençait par la révélation de Cédric en Mangemort). A la suite de tous ces échecs, elle se rend compte qu'une prophétie peut être contrée, donc elle décide de revenir carrément au moment ou Voldy crée malgré lui un Horcruxe en tuant bébé Harry à Godric's Hollow. Elle veut ainsi empêcher la toute première prophétie de l'Ordre du Phénix en dissuadant son papa de faire la bêtise du siècle qui a causé sa perte. Seulement, si Voldemort ne tue pas bébé Harry, leur perpétuelle lutte n'aura pas lieu et, si on part du principe (qui me semble avéré) que Voldemort ne couche pas par amour, Delphini ne naîtra probablement jamais. Autrement dit les circonstances de sa conception ne seront pas réunies pour lui permettre d'arriver au monde, du moins pas telle qu'elle est aujourd'hui. C'est donc elle « l'enfant maudit ».


Ce que j'ai aimé

Finissons tout de même sur une note positive ! Parce que, oui, il y a quand même du positif. Très honnêtement je m'attendais à quelque chose de beaucoup plus « convenu ». J'imaginais qu'on nous servirait les trois enfants des trois héros, évidemment tous copains, tous Gryffondors et super enthousiastes, assurant la digne relève de leurs parents. Et ben non ! Il y a quand même de la recherche et quelque chose de plus nuancé, quelque chose de plus réaliste finalement.

- Albus à Serpentard (et copain avec Scorpius). Une façon élégante de nous dire « Les gars Serpentard c'est pas les méchants, et Gryffondor c'est pas les gentils ! C'est pas les Teletubbies ici ! » et j'aime ça. Du reste, comme Harry à son âge, Albus appréhendait beaucoup l'épisode du Choixpeau mais nous ne sommes pas sans savoir que de très grands sorciers – à priori bons – ont été dans cette maison (comme Rogue, et Slughorn il me semble). De même, il se lie d'amitié avec un Malefoy. Là encore j'aime le contrepied que prennent les enfants par rapport à leurs parents. Non, ils ne sont pas comme eux, et non leur histoire respective n'affectera pas leur amitié naissante. Je dirais même qu'ils sont plus intelligents que leurs aînés. A l'époque Drago revendiquait le fait d'être un Serpentard, ce qui l'a empêché de se lier d'amitié avec les membres des autres maisons et contraint à se retrouver tout seul au bout du compte. De son côté Harry a imploré le Choixpeau de ne pas l'y envoyer tandis que son fils l'a accepté sans broncher malgré ses petites réticences. Scorpius et Albus n'ont que faire des étiquettes, et ça c'est la classe. On ne peut pas en dire autant de Rose, la fille de Ron et Hermione, qui abandonnera lâchement Albus à cause de ses préjugés sur Scorpius. Petite garce.

- Albus et Scorpius ne s'entendent pas avec leurs parents. Du moins ils se sentent incompris. J'ai trouvé extrêmement intéressant le fait d'aborder l'éducation comme quelque chose de complexe, aussi bien pour les sorciers que pour nous, pauvres moldus. Ces deux petits gars souffrent du passé de leurs pères, ils subissent une pression sociale assez intense puisqu'ils sont sans cesse comparés à leurs exploits ou déboires. Ainsi Albus culpabilise de ne pas aimer Poudlard ou le Quidditch, comme son père, idem pour Scorpius qui, adorable comme un choux à la crème, souffre de ne pouvoir bomber le torse avec un nom traîné dans la boue (mais il ignore sans doute que papa faisait moins le malin face à un troll). Les deux sont impopulaires puisqu'ils ne rentrent pas dans la case qu'on leur a attribuée. C'est d'ailleurs pour toutes ces raisons qu'ils choisiront (encouragés par Delphini) de se sortir les doigts du c.. retourner dans le temps pour sauver Cédric : ces péripéties étant engendrées par leurs frustrations communes, en réponse à une relation père/fils trop pesante, voire castratrice. Ils veulent accomplir leur propre truc en rattrapant une erreur d'Harry : avoir laissé la mort de Cédric se produire. Une façon de prouver que le père n'est pas une figure intouchable, et qu'on peut surpasser ses parents en les rendant accessoirement fiers. En gros, ils cherchent à s'émanciper de l'image populaire de leurs paternels en vue de se rapprocher d'eux plus intimement. BREF ils ont besoin d'être aimés pour ce qu'ils sont quoi... Ce point de vue auquel je n'avais pas nécessairement pensé a été très bien exploité (idem avec Delphini qui, finalement, ne cherchait que la reconnaissance de son père).

- Leur amitié. C'est un peu la synthèse de ce que j'ai dit précédemment à leur sujet. Ce qui sauve la pièce c'est cette amitié envers et contre tous. Grâce à elle ils constituent de parfaits héros. Là ou la mièvrerie pouvait altérer la qualité des personnages qu'on connaissait sous un angle plus terre à terre, celle des deux amis en est réellement attachante. So Gay.

- Scorpius. C'est vraiment le personnage le plus chouette du bouquin. Là où Narcisse... euh pardon. Là où Albus se plaint tout le temps, Scorpius reste super optimiste même quand il s'en prend plein la poire. Une vraie bouffée d'air frais ! Même si l'histoire se base sur la relation Albus/Harry, Scorpius n'en tient pas moins le second rôle principal, voire le premier par moments (notamment quand il se retrouve projeté dans la réalité dark où Albus – son père n'ayant pas survécu à la bataille de Poudlard – n'existe pas). L'importance que prend ce petit gars dans le récit est assurément un +.

- On en sait plus sur la sorcière qui vend des bonbons dans le Poudlard Express. C'est un détail, mais tout ça pour dire qu'il existe dans cette pièce des éléments déjà existants de l'univers d'Harry Potter qui ont été étoffés. Cela rajoute un peu de folklore et ça met du baume au coeur.



Je crois qu'on est bon ! En résumé, ça fait toujours du bien de se replonger dans ce joyeux bazar même si la notion de temps est un peu bancale. Tout va très vite ! Sur quatre années de récit, l'évolution d'Albus et Scorpius n'est pas forcément évidente. Les sauts dans le passé sont prétextes à nous rappeler les bons moments de la saga et c'est ainsi qu'il faut le prendre : une piqûre de rappel pas toujours cohérente mais très agréable. Et non, ce n'est clairement pas du J.K Rowling et ça se ressent. A mon sens Jack Thorne, en tant qu'admirateur d'Harry Potter, s'est fait plaisir en écrivant sa propre version avec l'idée qu'il se faisait d'une suite. C'est donc probablement un excellent spectacle vivant à aller voir, mais sur papier cela reste une sympathique fanfiction (à 21€...) que je ne considère pas comme une suite officielle. Un petit bonus à se mettre sous la dent, et pi c'est tout.

Et vous, qu'en avez-vous pensé ?




Dim 4 Juin - 12:28
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Harry Potter et l'enfant maudit

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